dimanche, 27 mai 2007

COUP DE COEUR POETIQUE (1) : EMILE VERHAEREN

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UN MATIN

 

Dès le matin, par mes grand'routes coutumières

Qui traversent champs et vergers,

Je suis parti clair et léger,

Le corps enveloppé de vent et de lumière.

 

Je vais, je ne sais où. Je vais, je suis heureux ;

C'est fête et joie en ma poitrine :

Que m'importent droits et doctrines,

Le caillou sonne et luit, sous mes talons poudreux.

 

Je marche avec l'orgueil d'aimer l'air et la terre

Et d'être immense et d'être fou

Et de mêler le monde et tout

A cet enivrement de vie élémentaire.

 

Oh les pas des voyageurs et clairs des anciens dieux !

Je m'enfouis dans l'herbe sombre

Où les chênes versent leurs ombres

Et je baise les fleurs sur leurs bouches de feu.

 

Les bras fluides et doux des rivières m'accueillent ;

Je me repose et je repars

Avec mon guide : le hasard,

Par des sentiers sous bois dont je mâche les feuilles.

 

Il me semble jusqu'à ce jour n'avoir vécu

Que pour mourir et non pour vivre :

Oh quels tombeaux creusent les livres

Et que de fronts armés y descendent vaincus !

 

Dites, est-il vrai qu'hier il existât des choses

Et que des yeux quotidiens

Aient regardé, avant les miens,

Les vignes s'empourprer et s'exalter les roses ?

 

Pour la première fois, je vois les vents vermeils

Briller dans la mer des branchages,

Mon âme humaine n'a point d'âge ;

Tout est jeune, tout est nouveau, sous le soleil.

 

J'aime mes bras, mes mains, mes épaules, mon torse

Et mes cheveux amples et blonds

Et je voudrais, par mes poumons,

Boire l'espace entier pour en gonfler ma force.

 

Oh ces marches à travers bois, plaines, fossés,

Où l'être chante et pleure et crie

Et se dépense avec furie

Et s'enivre de soi ainsi qu'un insensé !

 

 Les Forces tumultueuses

 

 

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